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L’assemblage

L’articulation des pièces des bijoux :

Après avoir collecté les différentes pièces constitutives d’un bijou, la fauvette procède à l’étape de l’assemblage. Il s’agit pour la créatrice d’articuler des pièces entre elles, de les disposer les unes près des autres en vue de les réunir.

Les bijoux vivent :

L’une des fonctions du bijou, outre d’habiller la personne qui le porte, c’est de vivre, tout simplement.

Aussi curieux que cela puisse paraître, un bijou possède sa propre vie. En effet, chaque pièce qui compose un bijou est une figure géométrique, qui est elle-même le résultat d’une formule mathématique. Mais chaque figure géométrique, qu’elle soit issue d’un métal en bronze, doré, cuivré, argenté, ou qu’elle soit issue d’une pierre, est un solide physique constitué d’un ensemble de particules et d’atomes. Et si l’on pouvait entrer à l’intérieur de ce solide physique, en zoomant avec un microscope, on verrait que toute la chimie de cette matière solide est en mouvement. On aurait presque l’impression de voir l’univers tout entier en activité. Ainsi, quasiment l’air de rien, un bijou bouge et change très très lentement dans la durée. Et rien qu’à cause du fait que le bijou meuve, on peut pratiquement dire alors qu’il est en vie, une vie qui lui est propre et qui n’attend plus que d’être associée à la vie de la personne qui le portera, pour qu’elles battent à l’unisson.

Parfois, le hasard arrange bien les choses :

L’amas de breloques, de perles, de chaînes et de diverses pièces posé devant la fauvette bouillonne de vie. Et parfois, dans ce bouillon, le hasard arrange bien les choses.

Quelquefois, le hasard fait le travail d’agencement des pièces entre elles à la place de la fauvette. Dans le creuset où elle dépose toutes les pièces en attente d’être utilisées, il arrive que le brassage de celles-ci finisse par en rapprocher certaines que la fauvette pourra définitivement relier.

Un peu comme des variétés de fleurs ont ou non des atomes crochus entre elles, un peu comme des variétés de plantes s’influencent mutuellement, un peu comme des aimants, les pièces d’un bijou s’attirent, se repoussent voire se neutralisent.

Et des fois, le hasard œuvre pour la fauvette dans le processus d’assemblage.

Harmoniser les pièces d’un bijou :

La fauvette crée ses bijoux un peu comme si elle écrivait des petites partitions de musique. Chaque bijou est un chant coloré. Assembler les pièces entre elles consiste alors pour la fauvette à les harmoniser.

Par exemple, sur une boucle d’oreille, un fermoir doré, jouant le rôle de clé de sol, peut dans une certaine mesure introduire une longueur déterminée d’une chaîne dorée qui sera elle-même conclue ou ponctuée par la note colorée d’une pièce en émail.

Si le hasard y est parfois pour quelque chose dans l’assemblage des bijoux, d’autres fois il n’y est pour rien du tout. En effet, la fauvette peut déjà avoir une idée en tête au moment de collecter la pièce d’un futur bijou et savoir déjà ce qu’elle en fera. Il arrive donc qu’un bijou soit déjà tout dessiné dans son esprit, ou que son destin soit déjà tout tracé. Car, de temps en temps, elle sait par avance qu’elle associera telle pièce à telle autre, qu’elle les placera l’une à côté de l’autre pour vérifier ensuite si son intuition était juste, avant d’aviser.

Mais créer un bijou ne consiste pas non plus qu’à enfiler des perles sur un fil ou qu’à organiser une simple suite. Construire un bijou n’est pas aussi linéaire ou binaire. Assembler des pièces, associer des couleurs ou des époques, c’est aussi pour la fauvette sortir d’une écriture ou d’un système linéaire pour proposer des pistes ou des hypothèses de lectures multiples. Par exemple, pour un collier, plusieurs chaînes différentes peuvent se superposer, ou bien un élément situé sur une ligne peut venir souligner un autre élément situé sur une autre ligne, et ces lignes peuvent dresser les contours d’un ensemble plus complexe.

Et finalement, dans cette opération d’assemblage il n’y a pas de solutions, car il n’y a pas de problèmes là où il est question d’harmonie.

Une modulation entre rencontre et méthode :

Enfin, un bijou peut naître de la combinaison d’une pièce collectée par hasard à tel endroit et d’une autre pièce collectée plus tard sans hasard à tel autre endroit. Aussi, le bijou résulte d’un savant mélange où hasard et rencontres côtoient méthode et calculs.

D’une part le regard de la fauvette peut croiser par accident la lumière reflétée par certaines pièces de bijou qui l’attirent, et d’autre part son imagination fertile peut l’éclairer sur des pièces à acquérir. Au final c’est aussi l’association de ces deux projections qui la conduisent à l’assemblage.